Bienvenue au Sri Lanka

  • Présentation

    Une goutte d'eau qui s'écoule de l'Inde. C'est ce que notre imagination peut voir lorsque l'on observe le Sri Lanka sur une carte. La petite ile, est beaucoup moins peuplée que sa proche voisine, l'Inde.
    Quand on évoque le Sri Lanka, on pense tout de suite à des éléphants, la jungle,des sourires, les rizières, les temples, le thé, la cannelle, les pluies chaudes. C'est donc le plaisir de rédécouvrir la beauté en une rare combinaison de surprenants délices.Paysages fabuleux, plages dorées, une faune et une flore diversifiées et luxurianteset des monuments gigantesques, le tout marié à une tradition culturelle et un folklore local raffiné.
    Le Sri Lanka est un mélange merveilleusement coloré de religions, de cultures, de traits géographiques, un lieu tropical où se rencontrent le passé et le présent. Le Sri Lanka est une république membre du Commonwealth. Depuis le 22 mai 1972, Ceylan a repris un nom utilisé autrefois : Lanka, l'« île resplendissante », et l'a fait précéder du préfixe « Sri » qui est une lettre sacré. Le Sri Lanka fut donc envahi successivement par les Arabes puis par les Portugais, les Hollandais et enfin les Anglais. Ce sont ces derniers qui ont laissé l'empreinte la plus indélébile : petits cottages très british, terrains de golf, cours de cricket. Tout ceci fait du Sri Lanka une petite Angleterre, le fog en moins et les plages paradisiaques en plus.



  • Situations géographiques

    La population sri lankaise est très diversifiée, même si elle comprend deux groupes principaux: les Cinghalais et les Tamouls. Les Cinghalais forment le groupe majoritaire avec 69 % de la population et habitent principalement la partie sud-ouest de l'île. Les Tamouls comptent plusieurs communautés. Avec 4,8 millions de locuteurs du tamoul, Les Tamouls comptent pour 25,2% de la population.Au plan géographique, les 25 % de Tamouls occupent une proportion considérable de territoire: à l'exception de la côte sud-ouest, ils contrôlent tout le Nord et toute la côte est, ainsi qu'une petite partie de la côte sud de l'île, sans compter une portion importante du centre de l'île (voir la carte ethnique détaillée,s.v.p.). Ainsi, ils occupent près de 50 % du territoire national. De plus, les Tamouls peuvent compter sur l'appui de leurs «frères» de l'Inde, la plupart installés dans l'État du Tamil Nadu, qui ne se privent guère de leur fournir des armes et une forte aide financière.

  • Données historiques

  • Autrefois habitée par des tribus australoïdes dont descendent les Veddas, l'île fut colonisée quelque cinq siècles avant notre ère par des Indo-Européens, les ancêtres des Cinghalais d'aujourd'hui. Le bouddhisme aurait été introduit au IIIe siècle avant notre ère par le prince indien Mahinda, fils ou frère de l'empereur indien Ashoka. Cette religion s'implanta dans l'île qui devint un bastion du bouddhisme.

    Puis, deux siècles plus tard, les Tamouls du sud de l'Inde tentèrent de conquérir l'île (appelée Ceylan). Ils restèrent très liés sur les plans culturel et religieux (hindouisme) à l'État du Tamil Nadu (Inde), leur «pays d'origine». Les deux grands groupes ethniques se constituèrent de petits royaumes. Au cours des siècles, les rois étaient parfois cinghalais parfois tamouls. Avant la période coloniale et l'arrivée des missionnaires chrétiens, il n'y avait généralement pas d'antagonisme entre les différents groupes religieux de l'île. Les «frontières ethniques» étaient relativement «poreuses» et imprécises. Pendant plusieurs siècles, les mariages mixtes furent même fréquents; par exemple, des rois cinghalais du royaume de Kandy au centre du pays épousèrent des femmes tamoules afin de consolider les liens entre les différentes ethnies. Néanmoins, des tensions entre les communautés subsistaient, car certaines organisations bouddhistes développèrent chez les Cinghalais des complexes de supériorité aux dépens des Tamouls.

    Par ailleurs, à partir du VIIIe siècle, et ce, jusqu'au XIIIe siècle, l'expansion de l'islam et la domination du commerce arabe firent en sorte que des musulmans s'installèrent en grand nombre au Ceylan et plusieurs épousèrent des femmes tamoules. Ce phénomène s'est produit à une grande échelle au XIIIe siècle lorsque les Cinghalais commercèrent avec les Arabes.

    1. La domination européenne
    2. Les habitants de l'île de Ceylan connurent trois dominations européennes successives: celle des Portugais, celle des Hollandais, puis celle des Britanniques.

      • La période portugaise (1505-1568)

      L'arrivée des Européens débuta dans les premières années du XVIe siècle, avec l'implantation des Portugais qui introduisirent des missionnaires catholiques. Les Portugais s'installèrent d'abord dans le nord de l'île, donc en «terre tamoule», et pratiquèrent un catholicisme agressif. Ils détruisirent plusieurs temples hindouistes et obligèrent un certain nombre de Tamouls à se convertir au catholicisme. L'île fut nommée Ceilão.

      Lors de la colonisation portugaise, l'administration de l'île fut scindée en deux: il y eut une administration, une justice, un gouvernement pour les Tamouls et une autre système parallèle pour les Cinghalais; les documents officiels étaient rédigés généralement en portugais.

      La domination portugaise irrita le roi de Kandy qui, pour protéger son royaume, demanda l'aide des Hollandais, les concurrents directs des Portugais sur le plan commercial en Asie. Dès 1638, les Hollandais s'emparèrent de Batticaloa (côte est du centre de l'île), puis Trincomalée (plus au nord), Colombo (côte ouest), Mannar (au nord-ouest) et, en 1658, Jaffna (au nord). Les derniers Portugais abandonnèrent l'île en 1668.

      • La période hollandaise (1568-1796)

      Les Hollandais changèrent le nom de l'île en Zeilan. Ils pratiquèrent la dualité administrative comme les Portugais: un système pour les Tamouls, un autre pour les Cinghalais. Cependant, la plupart des documents officiels étaient rédigés soit en néerlandais soit en tamoul, le cinghalais étant totalement ignoré. Les nouveaux colonisateurs introduisirent à leur tour leur religion, le calvinisme. Les missionnaires hollandais voulurent imposer leur religion au sein de la population locale. Beaucoup de Tamouls et de Cinghalais se convertirent à la nouvelle religion pour des raisons économiques ou sociales. Puis, tous les autochtones, Tamouls comme Cinghalais, subirent la répression et la discrimination, tant de la part des «catholiques agressifs» que des «calvinistes militants». Au moment du départ des colons hollandais, tous les groupes bouddhistes et hindouistes avaient, dans une certaine mesure, adopté le discours et les méthodes du radicalisme religieux.

      En cette fin du XVIIIe siècle, Français, Hollandais et Anglais exerçaient une concurrence féroce au plan commercial. Les Anglais décidèrent de s'attaquer aux possessions hollandaises et d'enlever l'île de Ceylan. Ils assiégèrent d'abord (septembre 1795) le port de Trincomalée (côte est tamoule) et s'en emparèrent au bout de huit jours. Avant la fin du mois d'octobre, tous les ports tamouls comme Mannar (côte ouest) et Batticaloa (côte est tamoule) furent enlevés. En février de l'année suivante, l'île tout entière passa aux mains des Anglais en devenant Ceylon (Ceylan en français)

      • La colonisation britannique 1796-1948)

      L'île de Ceylan fut annexée officiellement par les Britanniques, qui en firent une colonie de la Couronne en 1802. Dès lors, une seule administration unifiée vit le jour pour la première fois dans l'histoire de l'île. Après avoir vaincu les dernières résistances avec la prise du royaume de Kandy (au centre du pays), les Anglais développèrent les plantations de thé et d'hévéas. Afin de fournir de la main-d'ouvre appropriée, les Anglais importèrent des Tamouls indiens pour travailler dans leurs plantations.

      Les Britanniques mirent en place un système d'écoles gérées à la fois par l'État et par l'Église anglicane; ils écartèrent l'éducation bouddhiste traditionnelle et dépossédèrent ainsi les moines d'une de leurs plus importantes fonctions dans la société cinghalaise. Ils favorisèrent la rupture des liens entre le bouddhisme et l'État, ce qui souleva des rancunes au sein de la communauté cinghalaise d'obédience bouddhiste. Les missionnaires anglicans tentèrent d'angliciser la population sri lankaise en instaurant des écoles de langue anglaises; ils croyaient ainsi que l'instruction en anglais contribuerait à «civiliser» la population. Le gouvernement colonial fonda des écoles publiques conçues spécifiquement pour les jeunes Britanniques surtout dans des villes comme Colombo, Kandy et Galle. L'apprentissage de l'anglais présentait des avantages considérables pour les Sri-Lankais, car la connaissance de cette langue leur permettait d'obtenir des emplois plus prestigieux. Pour les Sri-Lankais anglicisés, le cinghalais et le tamoul furent réservés pour communiquer avec les aînés, les domestiques et les moines.

      Toutefois, parce que le développement économique du Sri Lanka dépendait essentiellement de la main-d'ouvre agricole, les administrateurs crurent nécessaire de limiter l'éducation anglaise. En 1889, le gouverneur du Sri Lanka avait écarté l'instruction complète en anglais en déclarant qu'il créerait «une génération d'instruits oisifs», qui se croiraient au-dessus des autres qui travaillaient. Une commission sur l'éducation créée en 1906 soutint que l'apprentissage de l'anglais n'était ni appropriée ni désirable pour tous les Sri-Lankais parce qu'il inciterait la majorité des travailleurs à désirer une autre vie. Une année plus tôt, l'archevêque catholique de Colombo avait prétendu que l'enseignement de l'anglais dans les petites villes était dangereux et qu'il pouvait inviter les étudiants à défier les autorités coloniales. En 1914, seuls 37 500 élèves fréquentaient des écoles anglaises, alors que 347 500 étaient inscrits dans les écoles indigènes. En 1931, on comptait à peine 84 000 élèves dans les écoles anglaises, contre 476 000 dans les écoles indigènes. À la veille de l'indépendance, près de 180 000 élèves fréquenteront les écoles anglaises, 720 000 les écoles indigènes.

      En général, l'influence des missionnaires anglicans suscita beaucoup moins d'hostilité chez les Tamouls hindouistes. Ce n'est certainement pas dû au hasard si les écoles tamoules furent mieux gérées et si, dans l'ensemble, les Tamouls furent plus instruits que les Cinghalais, firent des études supérieures, parlèrent mieux l'anglais et, par le fait même, furent fréquemment employés dans l'administration britannique. Par exemple, alors qu'ils constituaient 15 % de la population, les Tamouls accaparaient plus de 30 % des postes universitaires; dans les principales facultés, ils comptaient même autant d'étudiants que les Cinghalais. Par voie de conséquence, le nombre des Tamouls était beaucoup plus élevé que les Cinghalais dans la fonction publique, les professions reliés à la médecine et au droit (avocats). Alors qu'ils formaient environ 15 % de la population, les Tamouls occupaient quelque 40 % des emplois du gouvernement. Les Britanniques avaient décidé de favoriser la minorité tamoule, parce que celle-ci leur paraissait plus familière dans la mesure où leurs frères indiens, dans l'actuel Tamil Nadu au sud-est de l'Inde, étaient déjà leurs sujets. Cette discrimination souleva des réactions nationalistes chez les Cinghalais et suscita de fortes animosités à la fois envers les Britanniques et les Tamouls. Pour les Cinghalais, il s'agissait d'un «favoritisme colonial» fondé sur le vieux principe éprouvé qui consistait à «diviser pour régner». C'est ce qui expliquerait, de la part de certains historiens, les conflits actuels entre la majorité cinghalaise et la minorité tamoule.

      À la suite des nombreux mouvements de résistance menés par les Cinghalais, le gouvernement de Londres décida, en 1931, d'octroyer une autonomie interne à l'île de Ceylan (ou Ceylon). En 1944, le gouvernement chargea la Commission Soulbury de trouver les moyens de transférer éventuellement le pouvoir entre les mains des Ceylanais, et ce, d'une manière équitable entre les deux principales ethnies de l'île. La communauté tamoule, pour sa part, réclamait 50 % de la représentation parlementaire pour les Cinghalais et 50 % pour les Tamouls. La Constitution dite de Soulbury de 1947 (Ceylon Order in Council), qui énonçait les modalités de la décolonisation, n'a pas retenu les demandes des Tamouls, puisqu'elle préconisa, conformément au droit anglais prévoyant une personne/un vote, une représentation de 65 % pour les Cinghalais et de 35 % pour les Tamouls. Elle favorisa le concept du gouvernement par la majorité cinghalaise et un système politique fortement centralisé; les droits des minorités n'y furent guère protégés. Pour la première fois, les Tamouls n'étaient plus protégés.

      Il s'agissait d'un renversement de situation. La majorité cinghalaise, devenue très nationaliste au cours de la colonisation britannique, s'opposait aux politiques de la Grande-Bretagne et se méfiait des Tamouls qui avaient été «protégés» et avantagés sous ce régime. Une fois le pays indépendant, les Cinghalais allaient prendre leur revanche et considérer le Ceylan comme «leur» pays aux dépens de la minorité tamoule.

    3. L'indépendance

    L'île de Ceylan accéda à l'indépendance en février 1948 dans le cadre du Commonwealth. Malgré l'indépendance proclamée, l'île de Ceylan ne fut pas entièrement coupée de la Grande-Bretagne. Seule l'administration de l'île fut laissée aux Ceylanais, tandis que le gouvernement britannique détenait encore le pouvoir d'adopter des lois pour le Ceylan. Lors de l'accession à l'indépendance, le premier parlement de Colombo comptait 58 Cinghalais, 29 Tamouls et 8 Musulmans. Les Cinghalais dominèrent aussitôt la politique, la justice, l'administration, l'armée et l'économie, ce qui provoqua au sein de la minorité tamoule une profonde animosité et les conforta dans leur crainte de voir s'instaurer dans le pays une «dictature de la majorité».

    Cette « domination» fut interprétée comme un fait historique par la population majoritaire, puis utilisée par les dirigeants bouddhistes qui luttèrent pour perpétuer ainsi leur règne sur l'île. La plupart des politiciens cinghalais suivirent le mouvement, car tous devinrent en quelque sorte des «otages» de la hiérarchie bouddhiste qui détient, encore aujourd'hui, le pouvoir de vie et de mort sur toutes les carrières politiques.

    Dès la première année de l'indépendance, le gouvernement cinghalais modifia la Loi sur la citoyenneté ceylanaise dans le but de diminuer le nombre de la représentation tamoule. De cette façon, dans un laps de temps très court, les Cinghalais purent réduire d'un tiers la représentation tamoule au Parlement.

  • La dictature de la majorité:
  • Les Tamouls furent exclus du Conseil des ministres, qui ne se reconnurent plus dans un pays qui les ignorait politiquement. Même les symboles de l'État, par exemple le drapeau national, ne leur appartenaient plus. Pour témoigner de leur identité, ils créèrent leur propre drapeau: le drapeau tamoul. En sanskrit traditionnel et dans la littérature pali, l'île est appelée Sinhaladvipa - le mot sinhala venant du mot cinghalais sinha (lion) - et depuis le XVe siècle un lion doré tenant une épée de commandement figure sur le champ cramoisi de la bannière de l'État.

  • La guerre civile et la sécession:
  • Devant le bannissement du tamoul comme langue officielle et le sentiment d'être injustement traités par le pouvoir en place, les Tamouls eurent une réaction violente:.En 1970, tout l'appareil de l'État était redevenu presque entièrement cingalais, avec des milliers de fonctionnaires tamouls obligés de démissionner en raison de leur insuffisance, présumée ou réelle, de la connaissance du cinghalais. C'est à cette époque qu'est née chez les Tamouls la volonté de s'affranchir de l'État centralisateur et d'affirmer leur autonomie.

    Le conflit entre Cinghalais et Tamouls prit une nouvelle tournure à la fin des années soixante-dix, quand le principal parti politique de la communauté tamoule, le Front uni de libération des Tamouls, demanda la création d'un État indépendant dans la province du Nord et la province de l'Est.

    Les années passées, les tensions persistèrent et continuèrent de s'accroître, en raison, entre autres, des inégalités économiques croissantes, ce qui entraîna même un durcissement des revendications tamoules.

    À partir de 1983, les dissidents tamouls, regroupés au sein des Tigres de la libération de l'Eelam tamoul (LTTE) entrèrent en rébellion ouverte contre le régime de Colombo. La volonté de sécession fut exacerbée par les émeutes anti-tamoules, dont les actions se caractérisèrent par des attentats terroristes et des commandos-suicides.

    En 1987, après que les forces armées cinghalaises eurent mis fin à une offensive sur la ville de Jaffna (à l'extrême nord), les gouvernements de l'Inde et du Sri Lanka signèrent un accord (l'accord dit «indo-sri lankais») qui prévoyait une action politique et militaire concertée en vue de mettre un terme au conflit dans le Nord. Dans un premier temps, les sécessionnistes tamouls acceptèrent de ne pas affronter les troupes indiennes, en échange de promesses d'autonomie, mais revinrent sur leur position. Cet Accord indo-srilankais de 1987 reconnaissait quelques concessions aux Tamouls et précisait que le tamoul et l'anglais étaient aussi des langues officielles. De fait, la Constitution de 1987 amenait des changements notables dans le domaine des droits de la minorité tamoule. Le tamoul devint l'une des deux langues nationales du Sri Lanka (articles 19 et 22). Le cinghalais reste la langue officielle et administrative dans tout le pays, sous réserve que le tamoul est aussi utilisé comme langue administrative dans les provinces du Nord et de l'Est. Il y était également prévu de déléguer des pouvoirs administratifs à ces deux provinces. Celles-ci seraient temporairement unies pendant un an, après quoi les habitants de la province de l'Est pourraient, «à la discrétion du président», décider par référendum si elles souhaitent former une unité administrative séparée. Mais on ne nota dans les faits aucun changement significatif dans les droits des Tamouls.

  • Vers le fédéralisme?
  • Le 3 août 2000, afin de mettre fin à la guerre, le gouvernement du Sri Lanka présenta au Parlement un projet de Constitution fédérale accordant une importante dévolution de pouvoirs aux Tamouls. Ce projet constitue sans doute, depuis le début de la rébellion en juillet 1983, le premier geste déterminant effectué par un gouvernement sri lankais (ou cinghalais) envers les Tamouls, qui se plaignent des nombreuses mesures de discrimination de la communauté cinghalaise à leur égard.

    Toutefois, l'autonomie dont il est question n'est pas l'indépendance, car le gouvernement propose aux Tamouls une forme de fédéralisme, d'ailleurs «indissoluble». C'est pourquoi les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) ont rejeté cette révision constitutionnelle et ont réclamé à nouveau l'indépendance pure et simple. Pour sa part, le gouvernement cinghalais avait prévenu que, si les Tamouls rejetaient ces propositions, la guerre allait continuer. Et elle s'est poursuivie !

  • Un échec prévisible..
  • Selon les statistiques officielles du gouvernement sri lankais, quelques 20 000 rebelles tamouls auraient été tués en quinze ans de conflit (depuis 1985) entre la guérilla des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) et les troupes gouvernementales; pour leur part, les rebelles ont fait état de 16 000 morts. Depuis 1995, plus d'un demi-million de Tamouls de Jaffna (ville du Nord) sont sur les routes de l'exode: habitations détruites à 80 % dans la ville même de Jaffna, pénuries de vivres, d'électricité et de médicaments, massacres, viols, enlèvements, torture, destructions, etc. Certains parlent de «génocide» et d'«épuration ethnique» menés par les forces cinghalaises à l'encontre du peuple tamoul. La région demeura complètement fermée au reste du monde. En décembre 2000, la présidente du Sri Lanka (Mme Chandrika Kumaratunga) déclarait dans une entrevue accordée en français à la presse occidentale: «Je n'arrive toujours pas à comprendre comment une société civilisée comme la nôtre a pu devenir si animale, si bestiale.» C'est justement ce qualificatif qui revient souvent dans le bouche des Tamouls: les Cinghalais seraient pires que des «animaux».

    Au lendemain de l'indépendance, les Cinghalais ont voulu reprendre ce qu'ils estimaient comme le «terrain perdu» et ont réduit considérablement les droits des Tamouls en instaurant la «dictature de la majorité». Or, ce n'était certainement pas de cette façon qu'ils espéraient favoriser la paix dans le pays. Les Tamouls se sont radicalisés, Les conflits ethniques ont dégénéré en guerre civile, une guerre enlisée et sans issue, parce que les deux camps sont fortement armés. Le gouvernement maintient indéfiniment un régime d'urgence et applique une série de lois anti-démocratiques qui servent à imposer essentiellement la loi martiale dans le Nord et dans l'Est, à emprisonner sans procès des centaines de Tamouls et à intimider les médias et leurs adversaires politiques. Parce que le pays est «sous un régime de guerre», le gouvernement cinghalais est justifié d'imposer des lois interdisant les grèves, les réunions publiques et les protestations, et en imposant une censure dans tous les médias.

    Ce processus s'apparente à d'autres cas semblables dans le monde tels que le Soudan, Israël, le Kosovo de Slobodan Milosevic, l'Indonésie, l'Irak, etc.

  • Des actes manqués
  • Fait troublant: lorsque le tsunami du 26 décembre 2004 a déferlé sur le Sri Lanka en faisant plus de 30 000 morts, les autorités cinghalaises se sont laissé traîner les pieds avant de secourir le Nord tamoul. Les Tigres pour la libération de l'Eelam tamoul ont reproché au gouvernement sri lankais d'avoir tardé à envoyer de l'aide dans les zones sinistrées tamoules. Évidemment, Colombo a affirmé qu'il n'y avait aucune discrimination dans la distribution de l'aide, entre le Nord tamoul et le Sud cinghalais. Les Tigres de libération ont aussi accusé le gouvernement de ne pas laisser passer les dons privés envoyés vers ces régions, car l'armée sri lankaise avait envahi tous les centres de charité et exigé que les approvisionnements d'urgence lui soient remis et non pas directement à la population. Le ministère de la Défense a repoussé ces accusations, affirmant que ses services cherchaient simplement à assurer une distribution équitable de l'aide. La situation réelle dans les territoires du Nord est demeurée difficile à vérifier parce que le gouvernement sri lankais a restreint l'accès aux régions tamoules. La présidente du Sri Lanka serait personnellement intervenue pour empêcher le secrétaire général de l'ONU de se rendre dans le Nord-Est afin d'éviter que les Tigres n'exploitent cette visite à des fins politiques. On pouvait espérer que, en raison des tsunamis, la communauté internationale allait s'intéresser davantage au Sri Lanka, ce qui aurait contribué à résoudre le conflit entre Tamouls et Cinghalais.

    Finalement, après vingt-cinq ans de guerre civile, la mort du chef rebelle Velupillai Prabhakaran en mai 2009 a scellé la défaite de l'armée des Tigres de libration de l'Eelam tamoul (KTTE). L'armée régulière sri lankaise contrôle désormais tout le nord du pays. Les pays de l'Union européenne ont demandé une enquête sur d'éventuels crimes de guerre commis à l'encontre des populations civiles. Si les Tamouls sont militairement battus, ils ne sont pas pour autant devenus pro-cinghalais. Le long conflit qui vient de se terminer aura fait près de 100 000 morts, dont 7000 seulement entre janvier et mai 2009. Il y a maintenant un long travail de reconstruction à faire. Et l'opération commence mal: le gouvernement sri lankais, afin de traquer les derniers membres des Tigres, a bouclé les camps de réfugiés tamouls, où s'entassent dans des conditions déplorables quelque 290 00 personnes, des déplacés de guerre. Dans les faits, ce sont des détenus sans avoir subi un procès, ce qui constitue une violation par le Sri Lanka du droit international. Leur crime, c'est d'être suspectés d'avoir été «contaminés» par la propagande des Tigres; ils sont donc perçus par le gouvernement comme des terroristes potentiels. Des immigrants sri lankais des États-Unis ou du Canada ont réussi à faire sortir des membres de leur famille de ces camps en donnant des pots-de-vin de 2000 $ US à 5000 $ US aux gardes armés. De plus, ces gardes armés vendent la nourriture fournie par les pays occidentaux. Au Sri Lanka, il existe des partis politiques ultranationalistes et hostiles à toute concession aux Tamouls, le Parti national-marxiste (JVP) et le Parti des moines bouddhistes (JHU). Dans ces conditions, il n'y aurait de paix possible que par la liquidation complète de la population tamoule. De son côté, le gouvernement américain a ordonné à la Croix-Rouge américaine de ne pas distribuer de biens humanitaires dans les territoires tamouls, même pas lorsqu'ils sont sous le contrôle cinghalais. Si ce n'est pas là une forme de génocide...

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